PANORMITIS

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Jacques Durandeaux, Je parle pour être ailleurs que là où on me frappe
présentation
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Jacques Durandeaux, Méditations psychanalytiques
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Jacques Durandeaux

 

Je parle pour être ailleurs
que là où on me frappe

 

Présentation

Il y a des lieux où souffle parfois le génie du verbe : ceux du parler quotidien, celui des rues et des cafés ; celui des grandes œuvres littéraires, des grands écrivains ; il y a aussi celui, auquel on ne pense pas, des analysants qui disent parfois ce qu’ils ont à dire de façon géniale.

En ce lieu peut se rencontrer ce génie du dire à l’état pur : il suffit de cueillir, de recueillir, et c’est dommage que tant de choses si bien dites soient perdues, dommage que ces choses éphémères ne soient pas ramassées parfois par ceux qui les remarquent.

Quand on les capte, au vol, quand on les relit, au calme, certains mots donnent tant à penser, tant à travailler, qu’on apprend vite que c’est là qu’il faut aller pour entendre des choses décisives.

Ici, la priorité est donnée aux formulations des analysants : leurs propos fondent ou illustrent maints aspects de la théorie, parfois d’une façon fulgurante, et qui peut atteindre une perfection littéraire à laquelle on pourrait ne pas prendre garde.

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Extraits

Du temps

"Je découvre que je n'ai pas de passé... Mon passé est dans mon futur." (un homme de 30 ans)
Ce qui peut faire écho à Lacan :
"Effet de rétroversion par quoi le sujet à chaque étape devient ce qu'il était comme d'avant et ne s'annonce : il aura été, - qu'au futur antérieur."

"Je veux avoir du temps pour perdre du temps." (femme)

Le durcharbeiten est inesquivable dans le travail analytique : telle chose requerra deux ans pour être dite. Aucune technique abréviative ne peut rendre superflu ce temps requis, et c'est l'erreur de toutes ces techniques thérapeutiques qui se veulent "abréviatives" que de méconnaître ce
durcharbeiten que Freud a intensément souligné. Il faut du temps pour que certaines choses se disent : temps fécond, temps de gestation, de mûrissement. Si l'inconscient ne connaît pas le temps, le travail de l'analyse ne s'accomplit que dans le temps. Les phrases pour nous dire
s'inscrivent toujours dans le temps. Les demandes thérapeutiques ont un caractère urgent. On est toujours pressé de guérir, mais on veut bousculer le temps nécessaire, voire l'annuler, pour guérir correctement.
Le contretemps intervient aussi dans le durcharbeiten : dans Madame Bovary, quelqu'un manque à la place où Emma Bovary va le chercher : le vieux curé. Rencontre ratée : ce vieux curé est ailleurs et n'entend pas Emma. L'occasion ne se représentera plus.

"Comment vous portez-vous ? [...]
- Mal, répondit Emma ; je souffre.
- Eh bien ! moi aussi, répondit l'ecclésiastique. Ces premières chaleurs, n'est-ce pas, vous amollissent étonnamment ? Nous sommes nés pour souffrir, comme disait Saint Paul. Mais M. Bovary, qu'est-ce qu'il en pense ?
- Lui ! fit-elle avec un geste de dédain.
- Quoi ! répliqua le bonhomme tout étonné, il ne vous ordonne pas quelque chose ?
- Ah ! dit Emma, ce ne sont pas des remèdes de la terre qu'il me faudrait."
Mais le curé, de temps à autre, regardait dans l'église, où tous les gamins agenouillés se poussaient de l'épaule, et tombaient comme des capucins de cartes.
"Je voudrais savoir..., reprit-elle.
- Attends, attends, Riboudet, cria l'ecclésiastique d'une voix colère, je m'en vas aller te chauffer les oreilles, mauvais galopin !"
Puis se tournant vers Emma :
"C'est le fils de Boudet, le charpentier."

Et voilà le beau chapitre d'une occasion perdue, que Flaubert a eu beaucoup de mal à écrire d'ailleurs.

"Que faut-il donc pour mûrir ?", se demande un analysant. Et s'étant posé cette question, sans attendre, il propose une réponse, sans réfléchir :
"Pour cesser d'être un petit garçon, il faut qu'il m'arrive un malheur !"

(pages 123 à 125)

"Je parle pour être ailleurs que là où on me frappe." (un analysant)

"Dans les bras de Morphée... Mon père croyait que c'était une femme : un jour il a pris son dictionnaire d'une façon catimineuse et il s'est aperçu que c'était un homme !" (un analysant) (p. 59)

"Seules nos souffrances nous remettent les pieds sur terre !" (p. 172)

"L'analyste à une analysante (F 45) :
À quoi ça vous sert de vous coller des étiquettes : obsessionnel, pervers, hystérique, etc. ?
- À essayer de les décoller !
- Et pourquoi faut-il les décoller ?
- Parce que ça m'empêche de vivre."
(p. 176)

"Pour comprendre les schizophrènes, il faut être hystérique." (F. Perrier) (p. 193)

"Tout peut être perverti : ce qu'il importe d'analyser n'est pas la perversion traitée comme une catégorie nosologique qu'elle ne devrait pas être, mais le phénomène de la perversion qui affecte la relation entre deux termes, un sujet et un objet (ou un autre sujet traité comme objet). Que se passe-t-il lorsque ce rapport s'altère de cette façon-là, et quelle est la fonction de cette altération ? Car c'est la relation qui se pervertit, et non ses termes qui sont pervers, et ce phénomène si particulier peut affecter n'importe quelle relation, avec d'autres êtres humains, mais aussi avec toute chose, avec des animaux, des objets, des événements, avec toute réalité." - (p. 207)

"Il y a des gens avec qui vous voulez bien mourir, avec qui la mort n'est plus dégrandante."(une analysante) (p. 211)

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Jacques Durandeaux

 

Méditations psychanalytiques

 

Présentation

Dans le cours des analyses, la percussion de certaines énonciations, leur qualité, leur authenticité sont parfois telles qu'on ne veut pas les oublier, et même qu'on ne peut pas les oublier. Se produisent d'innombrables courts-circuits avec des textes lus dans la littérature, des personnages, des situations, et aussi avec des moments et des êtres rencontrés dans la vie quotidienne, ses innombrables hasards, merveilles de la vie, de la parole, vérités et mensonges qui jaillissent de toutes parts, n'importe quand, et parfois s'entendent si vivement dans le champ de l'analyse.
C'est un peu de tout cela qui se recueille ici, dans cette confluence, et qui donne tant à penser. Ce n'est qu'en tout cela que peut s'enraciner toute élaboration : ainsi se réduit la distance entre le clinique et le théorique souvent si grande que ceux qui parlent et ceux qui pensent ne s'entendent même plus.

Jacques Durandeaux, psychanalyste et écrivain, est attentif aux formes du discours analysant. Il a publié, entre autres, sur ce sujet, Je parle pour être ailleurs que là où on me frappe, aux Éditions Panormitis (1996), Le Dire et l'être en psychanalyse, aux Éditions Desclée de Brouwer (1992), Poétique analytique aux Éditions du Seuil (1982).

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Extraits

"La masturbation, c'est du bras gauche. Je suis droitière pour le reste" (une analysante). (p. 24)

"Moi, quand je ne sais pas quoi faire, je ne fais rien" (un analysant). (p. 90)

"S'organiser pour rater, c'est une manière de conjurer des catastrophes plus grandes" (un ou une analysante). (p. 132)

"Donner, prendre : on peut donner pour prendre. Quand tu pourras donner pour rien, tout sera transformé : est-ce possible ? D'ailleurs donner pour prendre, est-ce donner ? Certains ne vivent que pour prendre. Principe de plaisir : c'est vivre d'abord pour prendre ; principe de réalité : c'est commencer à rendre possible de ne plus vivre que pour prendre." (p. 134)

"Je ne parle pas parce que c'est une manière de me venger, de punir, d'être puni. En ce moment, il faut que je sois méchant pour être, et la victime désignée c'est ma mère, et pour un peu je me délecterais de la situation. Si ma mère est enceinte, c'est de leur faute : ils sont trop vieux et trop lâches. Et c'est ma faute parce que j'ai perdu mon pucelage. Et c'est de votre faute, parce que j'ai perdu mon pucelage pendant l'analyse.
Et n'importe comment, ça n'a aucune importance parce que tout est foutu, parce que tout est joué. Espérer, c'est croire en de vagues promesses qui ne sont tenues qu'à travers des horreurs et d'autres horreurs.
Le bonheur sur terre ne passe que par la mort des autres, le bonheur dans le ciel que par la mort... Le sexe, c'est une farce sale : si on ne baise pas on est névrosé, si on baise on est couillonné" (un ou une analysante). (p. 163)

"Dire qu'un sujet est borderline, c'est-à-dire à moitié ceci et à moitié cela, renvoie d'abord aux difficultés du "psy" qui écoute sans rien dire d'essentiel sur celui qui parle.
Un tel concept est-il acceptable en psychanalyse ? N'est-ce il pas l'effet direct d'une nostalgie scopique et psychiatrique des comportements et de types de fonctionnements psychiques ?
Si, dans l'analyse, il s'agit de langues, on ne peut plus parler de borderline : on peut dire tout au plus qu'une langue est plus ou moins bien parlée, ou remarquer qu'un locuteur change de langue dans son discours selon ses interlocuteurs et les situations où il se trouve." (p. 197)

"Aucun mec ne peut rivaliser avec le vibro-masseur" (une analysante). (p. 20)

"Sexuellement on s'entend, mais ça ne sert à rien : c'est factice !" (p. 13)

Adrien : " Ce qui me fait bander, c'est de voir le moment où l'autre, innocent, renonce à son innocence parce qu'elle [ou il] va jouir, et qu'elle [ou il] se met à préférer sa jouissance à toute autre chose, ce moment où elle [il] bascule du Ciel à l'Enfer et se met à préférer l'Enfer au Ciel. C'est cela qui me fait bander, et l'attente de ce moment-là, le moment où l'autre veut jouir, coûte que coûte. " (p. 13)

Une analysante : "Il y a un rapport entre me taire, mourir et baiser : je vous achète le droit de ne pas mourir après avoir baisé. " (p. 14)

"Guido et Sophie ne font l'amour que dans le noir, le noir absolu : ils prennent beaucoup de soin pour que ce noir soit parfait. Pas de lumière qui filtre sous la porte, pas d'aiguilles de réveil fluorescent, etc. Ils ne se sont jamais vus que vêtus. Ça leur convient : ils prennent un plaisir extrême à ce rituel et sont persuadés que sans ce rituel leur plaisir serait moindre. Cela veut-il dire qu'ils ne connaissent pas leurs corps ? Oh ! Si, ils le connaissent comme peu connaissent des corps : point par la vue mais par le toucher, les mains, les caresses, les odeurs. Tout se passe sans mots et ils ne retrouvent la lumière que rhabillés comme si de rien n'était. C'est un secret, dont ils jouissent quand ils sont en société. Comment ne pas évoquer les amours de Clélia et Fabrice dans La chartreuse de Parme, et le serment de Clélia de ne pas voir Fabrice, et comment ce serment est contourné ?" (p. 15)

"Nathan note le plaisir particulier qu'il y a de faire l'amour en rigolant." (p. 20)

"Jo raconte qu'il n'est pas possible de se branler à bord d'un sous-marin : porte des chiottes non-fermées, promiscuité permanente, etc. D'où il a appris à le faire uniquement avec des fantasmes. " (p. 25-26)

Un analysant : "Je crois qu'il me faut quelqu'un de différent à chaque fois." (p. 39)

"Rêve : deux filles font l'amour ensemble et se barbouillent réciproquement de foutre.
- Le foutre de qui ?
- Justement, c'est la question... [qui reste sans réponse]." (p.46)

" - Vous voulez qu'ils vous aiment alors que vous ne les aimez pas : vous ne leur demandez que leur désir pour vous.
- Le monde des autres m'apparaît comme coupé en deux : ceux qui m'aiment, ou me désirent, et ceux qui ne me désirent pas, et ce sont ceux qui ne me désirent pas qui m'intéressent : je veux qu'ils m'aiment. Je n'ai pas besoin du désir de ceux qui me désirent, mais du désir de ceux qui ne me désirent pas." (p. 50)

Benoît : " Le couple, c'est une maladie de notre époque. " (p. 60)

Clara, 25 ans, en pleurant, n'en pouvant plus d'être pour tout sous les regards inquisiteurs masqués de ses parents : " Mes parents me volent ma vie !" (p. 71)

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Je parle pour être ailleurs
de Jacques Durandeaux - 219 pages, 21,34 € - Panormitis
Méditations psychanalytiques
de Jacques Durandeaux - 245 pages, 21,34 € - Panormitis

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